Les femmes qui reçoivent des implants mammaires sont plus susceptibles de se suicider

Un titre intéressant a attiré mon attention hier concernant un lien entre les implants mammaires et le suicide.

Je m’attendais à ce que l’article décrive une sorte de produit chimique qui s’échappait de ces implants et qui avait un impact négatif sur la capacité du cerveau à réguler l’humeur. Au lieu de cela, l’article suggérait qu’il pourrait y avoir un lien entre certains facteurs de risque pour la santé mentale et les femmes qui choisissent de subir la forme la plus populaire de chirurgie esthétique en Suisse.
Les résultats de plusieurs études différentes suggèrent que les femmes qui reçoivent des implants mammaires sont environ deux à trois fois plus susceptibles de se suicider que les femmes de la population générale qui ne reçoivent pas d’implants mammaires. Les données suggèrent également que le risque de suicide peut être minime au départ (les femmes n’avaient pas de risque de suicide plus élevé au cours des 10 premières années suivant l’opération), et augmenter avec le temps (risque 4,5 fois plus élevé 10 à 19 ans après l’opération et 6 fois plus élevé après 20 ans).

Une étude a également révélé que les femmes ayant des implants mammaires présentaient un taux de mortalité lié à l’alcool ou à la drogue nettement plus élevé que les femmes sans implants.

En ce qui concerne les facteurs de risque, l’article que j’ai lu suggère que certaines femmes qui se font poser des implants ont des problèmes psychologiques (par exemple, dépression, faible estime de soi, etc.) avant l’opération, et que ces problèmes ne disparaissent pas après. Certaines de ces femmes peuvent également présenter un trouble dysmorphique du corps (un trouble où une personne est préoccupée par un défaut d’apparence réel ou imaginaire au point d’interférer avec le fonctionnement quotidien). Les personnes atteintes d’un trouble dysmorphique corporel sont plus sujettes aux idées (pensées) suicidaires, aux tentatives de suicide et au suicide complet que les personnes qui ne présentent pas ce trouble. Selon les estimations, entre 6 et 15 % des patients qui subissent une chirurgie esthétique souffrent également de troubles dysmorphiques corporels. Il ne serait donc pas surprenant que certaines femmes qui se font poser des implants souffrent de cette affection.
Une chose à garder à l’esprit lorsque l’on réfléchit aux implications de cette étude, c’est que ces données sont corrélationnelles. En d’autres termes, cette recherche n’a pas suivi un protocole étroitement contrôlé où les femmes ont été réparties au hasard dans deux groupes (une qui a reçu des implants mammaires et une qui n’en a pas reçu). Les chercheurs n’ont pas non plus mesuré les niveaux de facteurs de risque pour la santé mentale présents chez ces femmes avant et après l’opération. L’une des premières choses que les étudiants en psychologie apprennent en introduction sur la recherche scientifique est que les études corrélationnelles ont une limite très importante : elles n’identifient pas ce qui cause quoi. En d’autres termes, si deux choses sont liées, vous ne savez pas s’il se passe quelque chose d’autre qui pourrait également être lié.

Les professionnels de la santé qui ont examiné ces études de manière critique ont proposé une autre explication possible du lien entre les implants mammaires et le suicide :

La rupture de l’implant qui entraîne la nécessité d’une autre intervention chirurgicale. Certaines femmes ne peuvent pas se permettre les dépenses supplémentaires qu’entraîne le retrait d’anciens implants (et la remise en place de nouveaux) et peuvent connaître toutes sortes de problèmes (par exemple, la propagation du silicone à d’autres organes, des douleurs ou des difformités) qui peuvent avoir un impact négatif sur leur santé mentale. Quelle que soit la cause ou le lien, les données de la recherche suggèrent clairement qu’il est nécessaire de procéder à un dépistage psychologique pour les femmes qui souhaitent une augmentation mammaire. Les chirurgiens plasticiens (qui ont probablement une formation minimale, voire inexistante, en matière de santé mentale et d’évaluation) devraient recevoir une formation supplémentaire sur la manière de repérer les facteurs de risque ou les “signaux d’alarme” chez les femmes qui viennent les consulter. Ces médecins devraient également établir une connexion avec un psychologue ou un psychiatre proche, qui peut effectuer des évaluations de santé mentale pour les femmes à risque. Enfin, les femmes qui ont des problèmes de santé mentale devraient obtenir de l’aide (par exemple, une psychothérapie et/ou des médicaments) pour leurs problèmes psychologiques avant l’opération. Voir cette page : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mammoplastie pour en savoir plus

 

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